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A Short Story : La Véritable Histoire du Dahlia Noir



  • Résumé :

A Short Story retrace avec un souci du détail sans précédent la vraie histoire d'Elizabeth Short, plus connue sous le pseudonyme du Dahlia Noir, qui avait quitté son Massachusetts natal pour s'installer à Los Angeles, envisageant une carrière de star hollywoodienne. L'histoire et les dialogues, écrits d'après les documents déclassifiés du FBI, retrace la vie de cette jeune femme perdue dans Hollywood, en particulier les 3 mois qui ont précédé son horrible assassinat, et repose sur les témoignages recoupés de gens l'ayant connue et côtoyée. De son séjour au Figueroa Hotel avec Marjorie Grahams, à l'incident des trois de San Diego, un récit méticuleusement documenté, loin des clichés habituels sur une figure féminine dont on pensait tout connaître.


  • Critique :

A Short Story – pour "une histoire courte" comme la vie de sa protagoniste ou "une histoire de Short" comme son nom – est un projet porté par Run et Florent Maudoux qui, comme son sous-titre l'indique, se propose de nous raconter la Véritable Histoire du Dahlia Noir.

Le Dahlia Noir, Elizabeth Short de son vrai nom (Betty pour les intimes), était le surnom d'une jeune femme qui a réellement existé et a essayé de percer dans le Hollywood des années 1940. Son destin a été des plus tragiques car ce n'est pas sur un plateau de cinéma qu'elle est devenue célèbre mais dans le terrain vague où sa dépouille a été retrouvée : Elizabeth a été sauvagement assassinée, sans que le coupable ne soit jamais identifié avec certitude.

C'est une affaire qui a passionné à son époque et continue d'être connue, beaucoup de théories ayant été tissées au fil de décennies. Cependant, le traitement médiatique a souvent privilégié l'aspect voyeuriste d'une classe puritaine en présentant surtout Elizabeth comme une fille de petite vertu.

La volonté du duo d'auteurs est donc de nous conter sa "vraie" vie, sans jugement et en insistant sur les faits connus et ses rencontres les plus marquantes afin de présenter au lecteur une version la moins biaisée possible et mener avec lui son bout d'enquête débarrassé des préjugés.

À noter d'ailleurs que la production était en elle-même très intéressante à suivre grâce à un jeu impliquant les futurs lecteurs : une enquête partiellement participative où l'auteur postait de temps en temps des demandes d'aide pour valider le décryptage d'un document ou essayer de trouver certaines références (comme des photos de lieu d'époque) pour coller au plus proche avec la réalité.


La première chose qui surprend, c'est le relatif peu de pages en bande dessinée : ces passages sont réservés à des reconstitutions de moments choisis de la vie de Betty, le reste étant une biographie servie par la très jolie prose de Run, le tout amenant à un cahier d'enquête final pour conclure l'ouvrage. Il faut donc être prévenu avant de commencer : c'est un livre dense, documenté, et qui réclamera un investissement à la lecture.


Cette structure originale permet de mettre en exergue l'immense travail d'investigation et de mise en cohérence de la chronologie de vie d'Elizabeth ; c'est détaillé, appuyé d'extraits de documents (type coupures de presse) ainsi que de portraits (au réalisme saisissant) de personnes clés et des dessins de lieux importants.


Les passages en bande dessinée sont très bien mis en image avec un style assez réaliste et rappelant un métrage Hollywoodien de l'époque (et on croirait presque entendre les musiques qui vont avec). Il existe deux versions, au même prix : une version en noir et blanc et une version couleur.

J'ai lu uniquement la seconde et beaucoup aimé les tons qui m'ont fait penser à un résultat de colorisation de film : ils font souvent se dégager une ambiance douce et chaude (avec de jolis éclairages sur les intérieurs) en contraste avec la vie et le destin de son personnage, bien que certains passages soient graphiquement assez sombres quand la situation elle-même l'est.

Betty est parfois dessinée comme une femme sure d'elle, voire un peu hautaine, là où quelques autres moments la représente timide, avec les yeux d'une petite fille glissant ponctuellement hors du rôle de grande dame qu'elle s'est attribué. C'est subtil, et un très beau travail au global pour que ces parties du livre soient en totale cohérence avec l'esprit de l'œuvre.


Si on découvre en Elizabeth quelqu'un possédant elle-même une passion macabre pour les affaires de meurtres (en particulier une qui la fascinait), à l'inverse la démarche adoptée par les auteurs est plutôt anti-sensationnaliste dans la manière de dérouler les événements de la vie de Betty ; une manière assez froide de narrer sa vie, épurée des à-priori, et laissant le lecteur se faire son propre avis pour rendre justice à la personne qui a vécu et non à la victime d'une horrible mort.

Car c'est bien les moments de vie de Betty qui sont importants. Bien sûr, son décès est l'élément déclencheur de la création de ce livre et sans lui il n'y aurait rien : peut-être Betty sera-t-elle devenue une immense star hollywoodienne, décédée dans l'anonymat le plus total, ou bien aura-t-elle finalement épousé un bon parti pour finir sa vie emprisonnée derrière les barreaux de clôture blancs de son pavillon de rêve américain type. Mais tout ce qui s'est passé avant la journée fatidique raconte énormément de chose sur cette époque (et même un peu ou beaucoup trop la nôtre). On peut certes facilement voir Betty comme une personne instable et affabulatrice mais, en prenant du recul, on peut se demander en quoi le système dans lequel elle est entrée et a voulu se faire une place lui a fourni l'aide nécessaire à accomplir la vie qu'elle s'inventait.

Le récit d'Elizabeth pourrait même être un prétexte pour montrer la machine à stars dans tous ses pires travers et dénoncer tout un système toujours ancré dans le Hollywood actuel, vendant du rêve et détruisant certains esprits fragiles tout en profitant de leurs corps.

La fascination morbide que l'on trouve en Elizabeth, éternelle jeune femme broyée par ce système, trouve alors un écho dans celle que semble avoir Run sur notre société et en particulier quand celle-ci est vue par le prisme des médias et des différents réseaux sociaux.


Ce que j'admire le plus chez l'auteur depuis que je le suis c'est son apparente grande curiosité pour un nombre important de sujets.

Adepte de la recherche de vérité – concept fluctuant et rarement absolu – on le voit toujours dans une démarche d'investigation et d'analyse structurée et objectiviste (souvent contrebalancée par une violence exacerbée, comme dans l'univers de Mutafukaz).

La volonté de transmettre sur des sujets qui l'intéressent est visible dans ses différents projets, via moultes pages informatives ou même les encarts récréatifs toujours basé sur du réel. La Véritable Histoire du Dahlia Noir est à ce niveau et à mon sens sa formule la plus aboutie, recherchée et profonde dans cet exercice.

Je ne connais pas assez tout ce qu'il a produit pour dire qu'il réussit tout ce qu'il touche, mais une chose me parait sûre : il se donnera les moyens pour que ce qu'il entreprend soit suivi par un travail rigoureux.

Ainsi chacun de ses projets a un aspect créatif unique, et parfois avec un potentiel clivant comme la présente œuvre.

Tout ça pour en venir au fait que j'adore les artistes dont j'aime toute la production, mais je respecte autant ceux qui ne me touchent pas à chaque fois mais dont les intentions sont claires et saines, ce qui est le cas de Run ; et en l'occurrence, La Véritable Histoire du Dahlia Noir représente pour moi la quintessence de cette idée : contradictoire ou objectif à vous de voir, car si j'ai trouvé le livre excellent et reste admiratif du travail de ses auteurs, je n'ai pour une grande partie pas apprécié ma lecture de A Short Story. L'explication est simple : je n'ai jamais été friand de lectures ou d'émissions relatant des enquêtes non élucidées, et quelque soit la pertinence des informations données ça ne m'a jamais captivé. J'ai donc parcouru le livre sans réel intérêt même si je ne peux que constater sa qualité. C'est une lecture qui ne conviendra pas à tout le monde, qui laissera froid la plupart des gens comme moi que le sujet n'attirent et saura passionner les amateurs de ce style d'enquêtes.


  • Conclusion :

C'est une œuvre bien singulière que nous proposent Run et Florent Maudoux : à la fois biographie détaillée, journal d'enquête méticuleux et docu-fiction (pour ses parties de pure BD), il n'y a pas à douter que le travail d'enquête et de restitution est exemplaire et le résultat fascinant, bluffant même, dans son approche et sa structure.

Et si je salue sincèrement le résultat, cette lecture n'était simplement pas pour moi car je ne suis tout bonnement pas passionné par ce genre de récits autour faits divers.

Mais pour ceux qui restent curieux ou aiment ce type d'histoires, alors A Short Story : La Véritable Histoire du Dahlia Noir pourrait bien devenir un coup de cœur et un immanquable de leur bibliothèque !


Fabien.

 

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