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  • Photo du rédacteurFabien

Hoka Hey!

Dernière mise à jour : 15 mars




  • Résumé :

- Il brandissait son arme et hurlait à la face de ses ennemis « HOKA HEY! » - Hoka Hey ? Ça veut dire quoi ? - Ça veut tout simplement dire « en avant »

Dès 1850, les jeunes amérindiens étaient internés de force dans des pensionnats catholiques pour les assimiler à la nation américaine. En 1900, la population des natifs en Amérique du Nord avait diminué de 93%. La plupart étaient morts de nouvelles maladies importées par les colons, d’exterminations subventionnés par l’état, et lors des déportations.

Georges est un jeune Lakota élevé par le pasteur qui administre sa réserve. Acculturé, le jeune garçon oublie peu à peu ses racines et rêve d’un futur inspiré du modèle américain, en pleine expansion. Il va croiser la route de Little Knife, amérindien froid et violent à la recherche du meurtrier de sa mère. Au fil de leur voyage, l’homme et le garçon vont s’ouvrir l’un à l’autre et trouver ce qui leur est essentiel.


  • Critique :

Le western n'a jamais été un genre qui me provoque beaucoup d'attente. Mais il s'est grandement renouvelé avec les années et son ère moderne me procure bien plus de plaisir avec certains films tels les derniers Quentin Tarantino ou jeux vidéo comme la saga Red Dead Redemption (l'une de mes œuvres préférées tout supports confondus) qui ont réussi à me faire vibrer intensément.

En BD, l'un de mes coups de cœur de l'année dernière était d'ailleurs un western pleinement dans la veine des références citées à savoir Mutafukaz 1886, déjà au Label 619.

Toutefois c'est toujours sans attente particulière et même de manière un peu fortuite (je ne comptais même pas l'acheter en me rendant en librairie) que j'ai fait la rencontre de Georges et de Little Knife, protagonistes d'une œuvre qui convoque les codes classiques du western pour se les réapproprier et les moderniser à sa façon.

Cette œuvre, c'est donc « Hoka Hey! » de Neyef, artiste complet comme beaucoup de talents du label, s'occupant à la fois du scénario, du dessin et des couleurs.



Georges est un orphelin d'origine Lakota qui a été recueilli par le pasteur Clemente, un homme de foi.

Recueilli, mais surtout élevé aux coutumes chrétiennes, sans qu'aucune réelle relation père-fils n'ai été forgée. Non, Georges est plutôt considéré comme une sorte de singe savant, voire une expérience visant à démontrer la capacité de la « civilisation blanche » à oblitérer la Culture des habitants originaux de leurs nouvelles terres.

Oui le pasteur Clemente est un homme de foi. Mais Francis Clemente n'est clairement pas un Saint.

Ou plutôt devrais-je écrire « était » car très vite le passé finit par l'emporter, et pour lui il prend les traits d'un autre Lakota, Little Knife, fier de ses racines et arpentant le sentier de la vengeance avec ses compagnons de route No Moon et Sully.


À partir de là, Georges va rejoindre le gang de Little Knife et évoluer aux côtés de gens qui connaissent la culture à laquelle il a été arraché, même sans en être forcément issu (Sully est irlandais, et connait ainsi la sensation de l'éloignement de ses terres et de son peuple, et le mépris des autres pour les siens). Plus que la quête de vengeance de Little Knife - dont la justification sera amenée avec un angle assez éloigné de ce qu'on a l'habitude de voir - c'est alors une vraie quête d'identité qui va s'enclencher pour lui et Georges au fur et à mesure que leur relation va se construire.

Georges est rapidement fasciné par cette personne qui lui renvoie l'image ce qu'il aurait pu devenir dans un contexte différent, et est curieux d'en savoir plus sur l'histoire et les coutumes de sa tribu d'origine.

Little Knife, lui y voit lui une manière d'honorer sa culture en la faisant perdurer par la transmission, ne serait qu'un peu, comme un père à son fils, comme ce qu'aucun des deux n'a jamais eu.


En nous faisant suivre cette troupe hétéroclite ce sont plusieurs questions que l'auteur semble aborder sur la manière dont les gens se définissent, et de ce qui est important afin d'obtenir ce sentiment que la plupart recherchent : l'appartenance à un groupe.

Est-ce notre sang ? Notre couleur ? Doit-on se conformer à des croyances et traditions en fonction de notre origine ? Ou bien tout ça n'est-il qu'un question de choix et de volonté profonde de cohabiter dans le respect des autres.

Des questions qui vont mener à des réflexions plus qu'à des réponses par le biais des nombreux échanges entre les personnages alimentés par des aperçus de leurs histoires respectives et des petits récits de folklore. Le tout avec une humilité faisant honneur à ce qu'ont pu vivre les populations concernées, nous invitant implicitement à nous questionner nous-mêmes sans jamais nous donner explicitement de leçons de morale.

Et cet équilibre pourtant hautement compliqué à trouver parait ici maîtrisé avec facilité, par une multitude de petites phrases « coup de poing » souvent simples mais pertinentes, nous rappelant que noyés dans notre cynisme on en oublie aisément que les choses les plus simples sont souvent les plus vraies.

Je suis toujours admiratif de ces récits de bande dessinée qui arrivent à être percutant sans remplir leurs phylactères de textes à rallonge.


À ces thèmes s'ajoutent en plus une jolie dimension écologique, le respect de la Nature par les amérindiens étant l'un de leur piliers de civilisations, eux qui se considèrent comme faisant partie d'un tout, d'un écosystème avec lequel ils recherchent l'harmonie dans une mentalité diamétralement opposée au créationnisme inculqué au jeune Georges et qui place les humains au centre de tout.

Et sur cet aspect du livre, le récit déjà fort prend une dimension tout autre avec l'apport des dessins de Neyef qui propose une expérience visuelle puissante, qui nous attrape et nous plonge dans les grandes plaines avec les personnages.


La nature n'appartient donc pas à l'Homme, c'est l'Homme qui fait partie de la nature. Et si l'histoire est bien centrée sur des humains, c'est souvent qu'on voit les dans des scènes où ils sont d'abord montrés en retrait, au milieu de paysages qui sont autant les sujets et nous invitent à la contemplation et à l'émerveillement.

L'artiste nous fait vivre deux types de voyage dans le temps. D'abord par une projection en arrière, car l'histoire se situe au début des années 1900, mais aussi parce que l'on vit cette histoire et on y voyage en même temps que les personnages, on vit à leur côté dans leur temporalité. On tourne les pages du livre comme le soleil tourne au dessus de leurs têtes, accompagnés des couleurs du bleu doux matinal jusqu'aux rouges-orangés puissants qui précèdent la nuit superbement étoilée d'une époque où la pollution lumineuse de nos villes ne s'était pas encore installée.

J'insiste vraiment sur ce travail époustouflant sur les couleurs et les lumières retranscrivant des ambiances saisissantes conciliant à la fois le grandiose et l'intime. Il n'y a qu'à voir la séquence d'ouverture sur ces paysages variés d'une nature vierge (accompagné d'un texte biblique issu d'une partie du psaume 148, à la fois grandiose, saluant la nature tout en étant contre-nature, donc fort à propos), ou bien la première séquence de dialogue sous un arbre où la lumière filtre à travers les feuilles dans une maestria de gestion d'ombres délicates, pour être happé dans le monde qui nous est dépeint.

À ce tour de force s'ajoute un trait aux détails d'une précision indécente, que ce soit dans les paysages statiques, les prairies aux milliers de brins d'herbes qui se meuvent avec le vent, ou la restitution des mouvements et des poses. J'apporte une mention tout particulière pour le dessin des chevaux qu'on jurerait être là face à nous, prêts à être chevauchés pour nous emmener au galop à travers l'Amérique sauvage. Un trait appliqué sur des designs qu'on sent finement recherché, chaque personnage ayant son identité propre et des éléments visuels qui ne sont pas laissés au hasard, que ce soit sur leur peau, leurs habits, ou les animaux qui les accompagnent.

Enfin les compositions des planches viennent exacerber l'aspect contemplatif du titre et la poésie qui s'en dégage avec une capacité de l'auteur à étirer véritablement le temps sur certaines scènes, laissant certains moments suspendus (parfois littéralement) afin que l'on s'inquiète pour le sort d'un personnage ou encore que l'on profite de l'idée d'un Irish stew aux côtés de cette bande de hors-la-loi attachants.

Et tout cet ensemble technique s'assemble naturellement en harmonie pour donner une œuvre artistiquement fabuleuse.


Mais alors, les points faibles existent-ils au sein de ces 224 pages ?

Difficile d'en trouver tant j'ai aimé ma lecture de bout en bout. Le récit se repose certes sur une base classique, avec un dénouement qu'on pourrait qualifier d'attendu (avec peu de références du genre en tête, j'ai trouvé la construction de la fin en tous points similaire à la saga de Rockstar que je citais en préambule, particulièrement son premier opus). Mais comme je le rappelais plus haut il n'est point besoin qu'un récit soit à 100% original ni extrêmement complexe pour faire mouche et nous emporter, et en particulier quand la forme est autant maîtrisée qu'ici et avec un fond débordant de sincérité.

Mais avec un tel niveau d'excellence et de fluidité dans la narration tant textuelle qu'illustrée, il y a un passage qui m'a d'autant plus bloqué et qui m'a paru étrange malgré une relecture attentive. Pour éviter de trop spoiler, je parlerai juste d'un coup de feu que je ne peux voir autrement que fatal...et pourtant ne laissant aucune trace visible à sa victime.


L'objet quand à lui est très beau et attire indubitablement l'œil.

Le type d'édition est un grand classique du Label 619 : avec son grand format, son dos toilé à la couleur franche et à la typographie distinctive, et son papier épais de qualité.

Ceci dit il sert exclusivement de contenant au récit. Un superbe contenant il est vrai, mais à travers le contexte de l'histoire et les thématiques abordées on peut ressentir un gros travail de documentation de l'auteur et j'aurai alors adoré avoir quelques pages complémentaires expliquant son processus créatif, ses inspirations ou encore ses recherches de designs. Mais vouloir des bonus pour une œuvre complète qui se suffit pourtant à elle-même, n'est-ce pas là encore une fois un gage de qualité ?

Donc n'allons surtout pas bouder notre plaisir d'autant le rapport prix/pages/qualité reste clairement à notre avantage de lecteur et sans réelle concurrence sur le marché français.


  • Conclusion :

Un achat sur un coup de tête qui devient directement en véritable coup de cœur.


Puissant comme la charge d'un bison noir, cruel comme la chasse de l'Homme blanc : « Hoka Hey! » est un récit simple dans ses idées mais riche et percutant dans son discours qui - associé à des planches toutes plus belles les unes que les autres - invite au voyage et à une pause réflexive pour nous interroger sur un mode de développement opposé à la Nature, devenu prédominant par la dépossession des autres et dont découle notre confort de vie moderne.


Un immense bravo Neyef, et un grand merci pour cette sublime bande dessinée.


« HOKA HEY! »


Fabien.

 

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